Témoignages d'ANR Services

Entretien avec Arnaud Pascal, directeur des opérations au sein de l’association ANR Services – Corbeil-Essonnes

« Nous prônons un accompagnement complet des salariés dans le but d’une réinsertion globale. »

Créée en 1954, l’Association pour l’insertion et la Réinsertion professionnelle et humaine des Handicapés (ANRH) s’appuie sur trois pôles pour favoriser l’intégration professionnelle des personnes atteintes d’un handicap : ANR Services, ANR Conseil et ANR Formation. Elle compte 24 établissements en France.

L’antenne de Corbeil-Essonnes d’ANR Services a ouvert ses portes en 1979. Cette entreprise adaptée compte aujourd’hui 92 salariés qui travaillent à 65% directement sur le site des clients. L’entreprise a su diversifier son activité pour s’adapter aux compétences de ses salariés et à la demande des acteurs du territoire, et ce dans les domaines suivants :

  • Industrie : câblage, montage-assemblage, SAV, conditionnement, logistique ;
  • Services : entretien, espaces paysagers ;
  • Travaux administratifs : standard téléphonique, gestion du courrier, assistanat administratif.

Pour mieux comprendre son activité, le GIP Maximilien est allé à la rencontre d’Arnaud Pascal, directeur des opérations au sein d’ANR Services - Corbeil-Essonnes, qui nous livre son point de vue sur l’accompagnement des publics, l’accès aux marchés publics et l’importance des clauses sociales.

 Comment accompagnez- vous les personnes en situation de handicap dans leur parcours ?

La moyenne d’âge de nos salariés est de 50 ans et l’ancienneté au sein d’ANR Service est d’environ 15 ans. La majeure partie de nos salariés souhaitent prolonger leur parcours le plus longtemps possible au sein de l’entreprise et éviter une sortie vers le milieu ordinaire car l’environnement économique actuel est très inquiétant pour eux.

Nous devons donc nous adapter à cette permanence dans l’entreprise et, même si la réinsertion professionnelle en milieu ordinaire reste un des objectifs demandé par la DIRECCTE, avoir une stratégie de développement qui prenne en compte les compétences et capacités de nos salariés en poste. Nous essayons de développer et maintenir des activités permettant de pérenniser l’emploi de tous nos salariés, pour ne pas mettre de côté ceux qui auraient le moins de facilités ou le plus de contraintes.

 

Dans ce but, nous mettons en place des formations variées qui peuvent concerner autant l’apprentissage d’un métier que le développement des compétences clés en situation de travail. Depuis 3 ans nous avons lancé un projet d’apprentissage par E-learning et nous allons lancer à la rentrée de septembre 2018, une formation de e-learning pour que les salariés sans qualification puissent obtenir le certificat CléA et ainsi attester de leurs compétences.

Par ailleurs, nous disposons de ressources internes pour accompagner les salariés. Une référente RH au sein de notre entreprise accompagne les salariés pour toutes les démarches administratives ou la simple prise de rendez-vous si nécessaire. Un assistant social et un psychologue, embauchés par l’association ANRH, viennent faire des vacations mensuelles sur site pour recevoir les salariés ayant des problématiques spécifiques. Nous prônons donc un accompagnement global des salariés dans tous les aspects de leur quotidien afin de favoriser une intégration complète.

Que pensez-vous de manière générale de l’accès aux marchés publics pour une structure comme la vôtre? Quels sont les facteurs clés de réussite et les freins que vous avez identifiés ?

Les marchés publics sont une source incontestable de développement pour une entreprise comme la nôtre. En effet, ils permettent d’accéder à des marchés pluriannuels.

Cependant, il existe 3 freins principaux pour répondre à ces marchés publics. Tout d’abord, les marchés publics ont un tel formalisme que leur accès reste lourd. Comparés aux marchés privés, ils nécessitent un investissement en temps conséquent pour déchiffrer et analyser la somme de documents de l’appel d’offre. Il faut par ailleurs aussi comprendre et identifier la demande du donneur d’ordre parmi tous ces documents pour y apporter la réponse appropriée et structurée comme le demande le client. La possibilité de présenter son offre lors d’une soutenance auprès des acheteurs publics, comme c’est le cas avec les acheteurs privés, permettrait de valoriser nos différences car notre secteur souffre d’un déficit d’image encore aujourd’hui.

En second lieu, la taille du marché n’est pas toujours adaptée. Une majeure partie des appels d’offres ont une taille de lots qui est telle, que leur dimension est trop conséquente (géographiquement ou en volumétrie) pour nos établissements.

Enfin, la concurrence des entreprises du secteur marchand représente le dernier frein. En fonction de la nature des marchés, si le marché public n’est pas un marché réservé aux entreprises de l’ESS, nous pouvons difficilement lutter économiquement avec les entreprises du secteur marchand. Celles-ci ont des volumes d’achats plus importants que les nôtres, permettant d’avoir des prix d’achat moindres et ont la plupart du temps des ressources matérielles déjà partiellement ou totalement amorties.

Que vous évoque le dispositif des clauses sociales ? Répondez-vous aux marchés réservés/clausés ? Que pensez-vous du site Maximilien et notamment de sa bourse à la co/sous-traitance ?

Le dispositif des clauses sociales ne comporte à mes yeux que des avantages. Sans elles, l’accès aux marchés pour les structures du STPA (Secteur du Travail Protégé et Adapté) est plus difficile. Nous trouvons beaucoup d’intérêt à répondre aux marchés réservés aux entreprises adaptées (art. 36.I de l’ordonnance du 23 juillet 2015 relatifs aux marchés publics) puisque nous avons des chances plus concrètes de remporter ces marchés.

 

Cependant, nous nous apercevons que les marchés ne sont pas toujours calibrés pour que des structures comme la nôtre puissent y répondre. En tant qu’entreprise adaptée, notre activité est très souvent territorialisée. Or, les acheteurs publics peuvent réserver un lot sur un périmètre géographique ou volumétrique trop important pour que nous puissions y répondre aisément.

Quand une clause sociale le permet, nous pouvons utiliser la co-traitance pour répondre avec une entreprise du secteur marchand. Cela nous permet de répondre à des marchés plus importants ou plus techniques mais en se positionnant sur un lot adapté à nos capacités. Des bourses à la co et à la sous-traitance comme celle de Maximilien permettent de développer ce type d’initiative et d’élargir le champ des possibilités. Ce type de co-traitance représente une source non négligeable de business pour l’avenir sur les métiers du facility management notamment.

Avez-vous bénéficié d’accompagnement pour vous faciliter l’accès aux appels d’offre, par exemple grâce à l’appartenance à un réseau ?

Notre entreprise est adhérente du réseau GESAT, de l’UNEA et de plusieurs réseaux territorialisés ou plus spécialisés. L’apport des réseaux se vérifient de plusieurs manières. Le réseau GESAT, notamment, œuvre pour dialoguer avec les donneurs d’ordres publics ou privés et pour les aider à calibrer les appels d’offres aux ressources du territoire et ainsi éviter les marchés infructueux. Il réalise une jonction entre les donneurs d’ordre et les entreprises du STPA et permet une meilleure interconnaissance des contraintes de chacun.

Les réseaux, comme l’UNEA ou le GESAT, nous permettent de connaitre directement tous les marchés réservés en nous relayant l’information lors d’une publication.

Plus largement, l’appartenance à un réseau permet aux entreprises adaptées d’un territoire de mieux se faire connaitre. Les rencontres favorisent l’échange de bonnes pratiques, voire la naissance de coopérations concrètes. Les entreprises du STPA peuvent contracter entre elles pour mettre en place des contrats de sous-traitance, voire des GME, en cas de hausse d’activité pour l’une d’entre elles par exemple.

Quelle démarche partenariale avez-vous mise en œuvre, sur votre territoire, avec les acteurs de l’insertion mais aussi avec les facilitateurs, acteurs pivot de la mise en œuvre des clauses sociales ? Avez-vous développé des partenariats ou mécénats avec des entreprises ?

Le travail du facilitateur rend la réponse au marché plus simple car, connaissant la réalité du secteur et les acheteurs publics, il peut mieux faire comprendre nos contraintes au donneur d’ordre. Cependant, très peu de marchés auxquels nous avons répondu avaient un facilitateur qui prenait en charge la gestion de la clause sociale.

En ce qui concerne les collaborations avec des entreprises, nous avons en effet pu créer quelques partenariats avec des entreprises classiques. Cependant, ces entreprises trouvent avant tout un intérêt économique à travailler avec nous du fait de nos compétences ou notre secteur géographique d'activité.

En tant qu’entreprise adaptée et donc acteur du monde économique, il n’est pas aisé d’accéder à des formes plus traditionnelles de mécénat. Notre association mère a cependant une équipe dédiée pour développer ce type d’initiative.

La Mission d’Appui au développement des Clauses Sociales favorise un rapprochement entre acteurs publics et entreprises de l’ESS, notamment au moyen d’OpenMap qui constituent de réels moments d’échanges et des pistes de coopération concrètes entre ces deux types d’acteurs. Quel est selon vous la valeur ajoutée de ce type d’initiative ?

Les grandes collectivités et les grandes entreprises sont le plus souvent bien organisées avec des personnels dédiés à la démarche en faveur du handicap. Ce type d’initiatives a cependant une forte valeur ajoutée pour les TPE/PME et les petites collectivités. Elles permettent d’identifier des pistes concrètes de développement pour l’avenir. La possibilité de pitcher et de présenter son entreprise lors des OpenMap constitue une vitrine pour mieux se faire connaitre.  

Par ailleurs, face à la lourdeur des marchés publics, un contact direct avec un acheteur permet de dépasser la seule remise d’un mémoire technique et d’accéder à un véritable échange avec les acheteurs afin de lever les freins subsistants pour travailler avec le STPA. Ce type de rencontre peut favoriser l’émergence de réelles coopérations entre les acheteurs et les structures de l’ESS et mener à des réflexions sur de nouvelles pistes de collaboration, en relation avec les besoins futurs des donneurs d’ordres.

 

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